Val d’Aran By UTMB® 2022

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La VDA ne fut possible que parce qu’ils étaient là. Qui ça ? Régine, Mémé et Pépé bien sûr et sans oublier les trois autres poilus ainsi que ma boule de poil de motivation, mon petit Monsieur K adoré qui m’a donné de par ses léchouilles aux ravitos toute l’énergie nécessaire pour aller jusqu’au bout. Au bout ? J’ai rarement envisagé l’abandon sur les courses mais là si ! Arrivé à Beret la course était terminée pour moi, mon genou me faisant trop souffrir. Mais voilà, avec une demi-heure de sommeil grattée, un ravito requinquant et surtout vous revoir enfin mes chers accompagnants, je ne pouvais plus chasser cette idée de ma tête, celle de sonner la cloche pour vous. Vous qui avez passé deux nuits blanches pour pouvoir me supporter, vous qui avez bravé la chaleur de Beret, vous qui avez galéré à joindre votre gars perdu tout en haut des montagnes. Sans vous, je ne serais pas allé au bout assurément. Alors encore une fois un grand MERCI !!!

La VDA à Val d’Aran c’est quoi ? C’est la finale Européenne de l’UTMB-World-Tour et effectivement par bien des aspects la course ressemble à la finale mondiale à Chamonix mais je le dis tout net, le tracé est plus exigeant, les dénivelés sont plus abruptes, les chemins sont plus rocailleux et raides et la chaleur est un ennemi à prendre en compte cette fois-ci. Mais la balade est encore plus impressionnante que le tour du Mont Blanc car le Val d’Aran nous offre à voir une variété de paysages que les hauts Alpages du massif du Mont Blanc n’ont pas. Comme pour l’UTMB Mont-Blanc la course se passe non loin du plus haut sommet du massif. Dans les Pyrénées c’est l’Aneto avec ses 3404m de haut. La VDA c’est 161km et 10000m de d+ quasiment comme l’UTMB Mont-Blanc. La VDA c’est une ambiance de fête que je n’ai jamais ressenti ailleurs sur une course, les espagnols et aussi bien les bénévoles que les habitants ont tous donné de la voix pour nous encourager et c’était formidable tout ce don d’énergie positive. Un grand merci à eux !

Allez, il est Vendredi 16h00. Pépé filme au portique de départ, Mémé garde Monsieur K et Régine s’est dévouée pour me déposer au dernier moment en ratant exprès le départ. Et c’est parti !!! On débute par la montée d’un haut sommet espagnol puis on redescend immédiatement et ce de façon brutale ce qui donne le ton et un aperçu de ce que sera la course tout du long. C’est à dire des montées raides et des descentes encore plus pentues et très cassantes pour les articulations. En descendant le second sommet mon genou vrille dans un trou. Pour l’instant sans conséquences car on est chaud. On aperçoit l’Aneto et son glacier, on découvre des cascades gigantesques, l’eau est omniprésente, on s’émerveille en débarquant dans des vallons verdoyants et le tintement des cloches des troupeaux nous accompagne dans la nuit. Une harde de chevaux seulement éclairée par la Lune dessine un cercle tout autour de moi et au galop, mes poils se dressent mais l’angoisse laisse vite la place à la fascination et je profite de la magie de l’instant. Les yeux du renard apparaissent dans les buissons, la faune intriguée nous observe à l’abri.
Premier ravito à Bossost, j’y retrouve mon trio d’humains préféré puis je repars accompagné d’un ami coureur à l’assaut de la plus longue et difficile montée de tout le parcours. Les chemins forestiers sont charmants et une fois arrivé au cirque le jour se lève et je peux admirer cet endroit stupéfiant où les géantes coulées de névés côtoient les chutes d’eau vertigineuses le tout entouré par des parois aux multiples couleurs. Une fois en haut le spectacle est grandiose, la frontière française se dresse comme une muraille mais nous nous élevons suffisamment haut pour ne plus la considérer comme tel. Partout il y a des Estanh (lacs) et une dernière ascension nous offre en cadeau un panorama sur toute la chaîne des Pyrénées. On suit les rails des wagonnets en corniche à travers des tunnels perchés et cette séance aérienne qui devrait être un enfer pour le soumis au vertige que je suis devient grâce à la beauté du paysage un plaisir extatique. Mais les ennuis sérieux débutent maintenant. Mon genou m’empêche de courir dans la descente et puis je commence à regretter amèrement de ne pas avoir dormi au précédent ravito. Tous les kilomètres qui suivront jusqu’à Beret seront un enfer où l’évidence d’un abandon devient ma seule option.
J’entends Monsieur K aboyer au loin, puis je vois les silhouettes de Pépé et Mémé, enfin… Enfin quoi ? Je décide de faire le nécessaire pour repartir c’est à dire dormir, me soigner, manger. Je ne peux pas abandonner et surtout pas après tout ce que j’ai déjà vécu car cette première moitié de course était déjà une aventure en soit. Je ne peux pas abandonner après tout ce que l’on a investi dans cette course. Alors on repense aux entrainements, à la cloche et au chocolat chaud croissant à l’arrivée. C’est pas négociable, il faut repartir !
Requinqué la descente vers Salardù devient possible et l’espoir renaît d’autant que les espagnols sont présents partout dans les villages et ils nous lancent des « Animo » (courage) et des « Venga » (Allez) de soutient et ça fait du bien. Maintenant nous allons faire une incursion dans le Parc National d’Aigüestortes, les chemins avec des petits ponts de bois ornés de cascades me donnent encore la force d’avancer et puis… Il y a eu ce coucher de soleil juste au moment où j’arrive dans le cœur du parc dans la zone des étangs. C’est définitivement le lieu le plus incroyable que j’ai eu à traverser. Mais malheureusement la nuit me cache désormais ce trésor de paysage. Deux coureurs m’accompagnent désormais et sans eux je serais peut-être encore perdu dans tout ce dédale labyrinthique de roches et d’étangs. Nous arrivons au ravito, enfin, mais il en reste encore deux avant de rejoindre la dernière base de vie. Et merde mon genou… La douleur revient, je profite du faux plat pour courir avec mon ami mais ça ne va pas durer il fallait bien que l’organisation nous inflige encore une descente abrupte avant Arties. Alors mon ami coureur part devant et me laisse. Une dizaine de kilomètres couru ainsi auront eu raison de mon pauvre genou. Dans la nuit les gentianes jaunes sont phosphorescentes et rajoutent encore d’avantage de féérie à l’endroit. C’est ce genre d’images qui donnent la force d’avancer. Et puis depuis quelques temps je ne suis plus tout seul. Sur les rochers les mousses dessinent des formes puis ces formes deviennent des visages. Au début je n’y ait pas prêté attention croyant à de véritables dessins faits pour orner la piste de vtt que je descend. Puis j’ai compris que tout ceci n’existait que dans ma tête et que j’étais soumis à des hallucinations. Tous ces visages sur les mousses ne se font pas menaçants mais sont plutôt comme des sourires d’encouragement. J’arrive à Arties.
Il ne reste plus qu’une petite montée et une descente et c’est fini. Il est hors de question d’abandonner désormais. Mais je ne vois vraiment pas comment je vais faire ces derniers kilomètres avec mon genou boiteux. Un peu de repos et de nourriture ne changeront pas grand chose. J’ai mal. Je sais que la montée sera possible mais la descente ? On se retrouve à Vielha Régine ! Bisous Pépé, bisou Mémé et bisou mon Monsieur K ! Les craintes des coureurs face à ce dernier dénivelé étaient fondées, c’est un enfer mais au moins je peux le faire. Une fois en haut le jour se lève sur le dernier ravito. J’en profite pour remercier le dernier bénévole pour tout ce qu’ils m’ont apporté et pour leur extrême gentillesse tout au long de la course. Il m’aide à remettre mon sac, me tape sur le dos et je repars pour la dernière et terrible ascension. Une fois en haut j’ai l’air malin ! Comment vais-je faire pour redescendre, j’ai du mal à poser le pied droit par terre à cause du genou. Et là je glisse, mon bâton passe en arrière et j’entends un clac. Mon bâton est cassé. BORDEL DE MERDE !!! Au pire endroit, au pire moment, je casse mon Leki. J’envisage de descendre en roulant par terre un moment puis mon cerveau rebranche ses quelques neurones restants et je descend doucement aidé de ma jambe gauche et de mon second bâton en guise de canne. Tout m’énerve, j’engueule les vaches sur le chemin et les cailloux et même le soleil qui commence à monter dans le ciel. Les coureurs me repassent par dizaines, je perds toutes mes places. Mais je descend et j’arrive à marcher ! Arrivé aux premiers Mélèzes je trouve de quoi me bricoler un bâton et je peux avancer plus vite grâce à lui mais l’organisation ne m’a pas simplifié la tâche car au lieu de nous faire descendre par le chemin classique ils nous font traverser les sentiers les plus périlleux. Avec deux coureurs nous perdons le balisage ! Et voilà qu’il faut que je remonte 1km en boitant. Les deux autres trichent et continuent, moi je remonte et retrouve la trace, c’est l’avantage de me trimballer un vrai GPS. Ces six derniers kilomètres de descente sont déprimants car je n’arrête pas de me faire doubler. Mais soudain je l’entend ! La cloche. J’y suis presque ! J’arrive Monsieur K, j’arrive Régine, j’arrive Pépé, j’arrive Mémé, j’arrive les poilus. Dans ma tête je réfléchis à ce que je vais dire à cette maudite cloche et clopin-clopant j’aperçois enfin l’arche. Salut Pépé, salut Mémé, Monsieur K me rejoint dans ma course, il ambiance mon arrivée de par ses aboiements et nous franchissons ensemble la ligne. C’est le bonheur absolu ! Objectif atteint, c’est fait et dans les temps malgré mon genou !!!

J’ai pris le temps de filmer un peu ma course. La qualité de mon appareil ne rendra pas justice aux paysages, ne rêvez pas et il était hors de question que je me trimballe mon lourd appareil d’autant que la batterie n’aurait pas survécu. Alors pour voir de vraies images de ce que nous avons traversé je vous renvoie vers les vidéos de l’organisation en lien après.

 

Un petit diapo pillé au photographe mais étant donné la qualité des cadrages et surtout le prix des packs il faudra vous contenter d’images avec des watermark. Faut pas déconner :

Et après ? Et bien j’ai gagné 8 Running Stones avec cette course mais là ça me fait une belle jambe ou bien un beau genou si vous le voulez. Je suis déjà inscrits pour l’UTMB Mont-Blanc 2023 et le tirage au sort aura lieu au début de l’année prochaine normalement. J’avais accordé de l’importance à la quête des points et c’était l’un des objectifs en faisant la VDA. Mais aujourd’hui je trouve tout cela bien vain. J’ai surtout vécu un moment de partage immense avec Pépé et Mémé et ma meilleure pote accompagnée des meilleurs poilus. J’ai passé des vacances inoubliables dans un endroit à la beauté que je n’imaginait même pas possible. J’ai fais une course au delà de mes limites et j’ai appris beaucoup sur moi même et sur les autres. Ces souvenirs et cette nature du Val d’Aran resteront gravés dans ma mémoire. La VDA était la plus passionnante des courses qu’il m’ait été donné de faire. Et d’ailleurs je n’ai qu’une envie c’est d’y retourner et voir tous ces endroits traversés de nuit pour les découvrir à la lumière du jour. Mais… Je vais attendre un peu.

 

 

11 thoughts on “Val d’Aran By UTMB® 2022


  1. Hola! amigo tu en rajoutes un peu trop sur notre assistance exceptionnelle pour nous c’est de la routine maintenant. Et puis ça met un peu de sel dans notre vie de retraités. Ta vidéo nous rappelle des endroits que l’on a revus avec toi le lendemain je confirme cette région est fantastique. Merci pour ton récit qui complète les moments partagés avec toi dans ton aventure. Dommage que tu ne parles pas de ton résultat car il est très loin d’être négligeable modeste avec ça.
    Biz des affreux jojo 😜


    • Je suis très content que l’on ai pu accéder au lac de Trédos et aux cascades d’Artiga De Lin ensemble. Vous avez pu ainsi admirer un échantillon, et non des moindres, des merveilles que l’on a découvertes durant la course. Quant à mon résultat j’en suis très content, ça me fait un premier tiers et je n’en espérais pas tant surtout sur une course UTMB. Et puis arriver au jour avec le chocolat croissant valait la peine de perdre 50 places à cause d’un genou.
      Bises Pépé.

  2. Régine

    Que dire de cet exploit presque surhumain ? Bah tu es un surhomme !.
    Chapeau bas l’athlete et malgré un genou defaillant ton moral d’acier t’a permis de finir cette course.
    Ce fut un réél plaisir de t’accompagner. Un seul regret pas assez de ravito d’assistance. Mais une équipe de choc le reconfort moral avec tes parents et ton beau poilu et l’assistance trailer pour ma part.
    Merci de nous avoir fait partager cette aventure et merci de nous avoir fait découvrir quelques endroits magnifiques traversés lors de ta course le lendemain.
    Nous aussi ces souvenirs resteront gravés dans notre mémoire.
    Et BRAVO à tes parents qui ont une superbe forme ! 2 nuits blanches et meme pas fatigués le lendemain ! WAOUH ! Quelle famille d’endurants !


    • Alors, il me semble qu’ils ont dormi un peu contrairement à toi… Mais loin de moi l’idée de vouloir minimiser leur performance.
      Qu’elles vacances au top, sûrement pas vous mais moi j’en redemande et tout de suite maintenant… Enfin, je vais attendre un peu que mon genou se dégrippe.
      Merci la ravitailleuse aux petits soins, la tartineuse de biscottes, la serveuse de chocolats chauds, la nettoyeuse de chaussettes sales, la changeuse de piles et la fournisseuse en courage et en motivation.
      Muchas Gracias Amiga !

      • Mémé

        Je me suis régalée en lisant ton fabuleux reportage de ton extraordinaire aventure dans le Val d’Aran, malheureusement je n’ai pu le lire en prenant mon petit déjeuner car il y avait urgence à arroser le jardin de bonne heure, mais mon plaisir n’en a été qu’augmenté, en fait on était avec toi après le trail mais on n’a pas beaucoup parlé du fait qu’on était pas dans la même voiture. J’admire ta ténacité et ton courage à ne jamais renoncer. Merci de nous associer à tes exploits, mais nous ne sommes que de piètres spectateurs. Sans toi je n’aurai pas connu les Pyrénées, ni Montauban d’ailleurs, et Lino Ventura avait raison il ne faudrait jamais quitter Montauban, mais les Pyrénées aussi il ne faudrait pas les quitter !
        A quand le prochain trail ?
        Plein de bisous admiratifs.


        • Eh bien pourquoi pas le Nice-Côte-d’Azur fin Septembre mais ça fait loin tout ça en distance pour vous. Je surveille… Pour l’heure je me répare tranquillou, mais je te promets qu’il y en aura d’autres et dans des lieux tout aussi agréables à visiter ensemble.
          Je suis très content que tu aies pu apprécier Montauban. Si cela a égaillé un peu votre longue et difficile route ça me rassure.
          Bon, moi j’ai cueilli les dernières feuilles de salade ce matin, il ne reste plus que les pieds de tomates dans le jardin. J’ai vu que les chicorées et certaines batavia qui ne pommellent pas pouvaient résister à l’été. Je vais construire un bac à l’ombre pour en mettre car là on a plus rien à bouffer alors quand je vois votre magnifique potager resplendissant en vidéos, je crois que vous n’avez pas à vous plaindre, hé hé. Bon jardin Mémé et faites bien gaffe à la cani-cu-cule ! T’as un bisous de Poussin.

  3. Marjorie

    Wahou !! Merci pour ce partage ! Je pourrais dire que je t’admire, mais je suis aussi plus qu’impressionnée et un peu envieuse de cette force qui t’anime. Prends soin de ton genou ! Et continue à partager tes folles expériences !! Bises !


    • Salut Marjo’, c’est un coin à visiter si vous ne connaissez pas. L’endroit regorge de belles randos, de spots baignade et la bouffe est excellente. Je ne me remets toujours pas de mon chocolat d’après course, la cuillère avait du mal à rentrer dedans, si si 🙂 ! Donc si un jour ton index tombe sur ce coin de la map monde (bon, y’a plus loin certes), et bien n’hésites pas à me demander les bons coins. Bisous et merci d’avoir suivi l’article.


  4. Quitter Montauban ? Sûrement après avoir pris le temps de visiter la cité historique mais le temps était compté. Par contre j’ai apprécié la crêpe aux fruits de mer au sarrasin c’est déjà ça, je sais c’est pas bien, mais il fallait prendre des forces pour la route qui n’est une affaire d’état Jean Dominique Ingres attendra notre visite autrefois peut-être.
    Biz


    • Argh ! Du fromage et un peu de légumes sur la crêpe au sarrasin c’est pas mal non plus 😉

  5. Knelle

    Alors la video du parcours rend compte du côté démesuré de l’exploit et renseigne bien sur les montées incroyables et les descentes trop raides!!! Même à pied tranquille, les jambes randonneuses doivent morfler! Bravissimo! cet itinéraire est splendide mais une vraie torture selon moi pourtant habituée aux montagnes. Vous devenez invincible Alex!
    Respect total :))

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